lundi 13 juin 2011

Prattomanie assumée

 
Un récent passage de quelques jours à Paris m’aura offert la possibilité de visiter l’expo Pratt à la Pinacothèque, élaborée sous le double commissariat de Patrizia Zanotti& Patrick Amsellem.



Les personnes familières de l’œuvre de Pratt ne seront pas surprises par le découpage thématique de l’exposition : les mers et les îles, que ce soient celles du Pacifique Sud ou de la lagune de Venise ; les femmes, classiques ou « exotiques », fortes ou fragiles ; les soldats aux uniformes chatoyants de l’armée des Indes ou aux teintes discrètes des déserts ; les déserts, justement, où se croisent Bédouins cruels et scorpions patients, anges déchus et poètes lumineux ; ou encore les Indiens d’Amérique du Nord, mêlés malgré eux au conflit opposant les « Blancs » entre eux, sur fond de lacs étincelants et de forêts mordorées.

La sobriété de la muséographie de cette expo est de bon aloi, permettant aux œuvres exposées d’exister par elles-mêmes, sans esbroufe. Et ces œuvres... quelles œuvres ! Des croquis aquarellés aux planches définitives, en passant par des esquisses ou des projets de couvertures, c’est une grande variété qui est proposée.
J’ose penser, toutefois, que cette expo n’est pas vraiment faite pour amener des béotiens à découvrir l’œuvre d’Hugo Pratt, mais plutôt à ceux qui la connaissent déjà d’en approcher les pièces originales. Et, pour ce qui est de "pièces originales", la présentation de l’intégralité des plus de 160 planches originales de La ballade de la mer salée, en une longue frise de 3 planches de haut, sur 3 murs d’une salle, ça a un effet saisissant. Au point que ça donne un peu le tournis et que c’est moins agréable, à mon avis, qu’un tête-à-tête avec une planche unique. Mais pour ce qui est de l’effet, ça en fait !
Bref, une expo qui ne va sûrement pas contribuer à me guérir de ma prattmanie/cortomanie...



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Pour les curieux qui ne pourraient pas visiter l’exposition en direct, il reste la possibilité, certes moins directe, d’acquérir le catalogue publié à cette occasion : Le Voyage imaginaire d’Hugo Pratt, Catalogue de l’exposition à la Pinacothèque de Paris (éditions Casterman, 2011, EAN : 9782203040519).


samedi 1 janvier 2011

Un plus un plus plus = un

Les débuts d’année sont souvent des périodes de vœux, de bonnes résolutions. Certaines personnes se lancent dans des promesses dont elles savent pertinemment qu’elles ne les tiendront pas, d’autres en appellent à leurs dieux inventés pour que l’impossible se produisent, d’autres encore boivent les paroles des charlatans qui prétendent lire l’avenir dans la position des astres ou la tripaille de la volaille.
De mon côté, j’essaie de ne pas promettre ce que je ne peux tenir, et ne place mon espoir ni dans les dieux ni dans les charlatans. Je place mon espoir dans l’homme, même si je sais que c’est un espoir fragile l’homme étant capable du meilleur comme du pire. Mais, tant qu’il est encore capable du meilleur, tout espoir n’est pas perdu.
Alors qu’ici et là, dans le monde, des gens s’évitent, se méprisent, voire s’entretuent, parce qu’ils se trouvent suffisamment de différence pour penser que la différence entraîne une relation de supériorité ou d’infériorité. Il n’est parfois pas besoin d’aller très loin pour trouver des comportements de ce genre, qui sont même exacerbés lorsque des dirigeants politiques se mettent en tête de lancer une consultation comme celle sur l’identité nationale, consultation a exacerbé ce qui nous éloigne plutôt que ce qui nous relie.
Alors, pour donner un exemple de ce qui peut incarner mon espoir en l’homme, en cette date d’un début d’année qui n’est, rappelons-le, qu’une convention qui s’est imposée à une partie de l’humanité au fil du temps, je choisis le livre L’homme pluriel, avec les photographies de Patrick de Wilde et les textes d’Axel Kahn (éditions La Martinière, 2008, ISBN 978-2-7324-3816-0).


Chaque portrait grand format que Patrick de Wilde a choisis, pour cet ouvrage, parmi ceux de toutes les personnes qu’il a rencontrées et photographiées, construit une intimité à trois : le modèle qui a accepté qu’une partie de lui soit ainsi vue, ressentie, le photographe qui s’est fait accepter et qui a capturé et mis en valeur ce qu’il a ressenti, et le spectateur, enfin, qui, en bout de chaîne, s’invite dans cette intimité tout autant qu’il y est invité. Chaque portrait nous invite à la découverte de quelqu’un de différent, à prendre le temps du ressenti.
 
Les portraits sont accompagnés de textes d’Axel Kahn, dont les travaux dans le domaine de la génétique l’ont amené à voir ce qui, au-delà de nos différences extérieures et intérieures, fait que nous sommes tous des êtres humains. Les textes sont tirés de son livre L’homme, ce roseau pensant... : Essai sur les racines de la nature humaine (Nil Editions, 2007, ISBN 978-2-84111-342-2). Je me plais à espérer que des gens comme Axel Kahn seront au moins aussi écoutés que les suprémacistes et fondamentalistes de tout poil.


Enfin, je citerai Antoine de Saint-Exupéry, qui écrivait, dans Pilote de guerre (1942) : « Dans ma civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit. Notre unité, au-dessus de nous, se fonde en l’Homme. »

Si ces idées d’un homme à la fois pluriel et unique, différent et égal, pouvaient progresser dans les temps à venir, alors la plupart des autres « vœux de nouvelle année » en deviendraient bien secondaires à mes yeux.

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Petite précision sur la citation de Saint-Exupéry : si tous ceux qui écrivent sur le net pour citer des auteurs prenaient la peine de se replonger dans le texte original, ils éviteraient de balancer ou reproduire des inexactitudes, voire des âneries. Non, cette phrase n’est pas tirée du Petit Prince, ni de Terre des hommes. Non, cette phrase n’est pas « Si tu es différent de moi, mon frère, tu m’enrichis », ni tout autre reformulation pourtant citée entre guillemets pour prétendre qu’elle est verbatim. La citation exacte est celle que j’ai portée dans ce billet ; je l’ai tirée de l’édition de 1942 chez Gallimard, rééditée par ces même éditions Gallimard en collection Folio. La phrase en question est dans le chapitre XXV, page 197 de l’édition Folio, ISBN 978-2-07-036-824-2.

vendredi 31 décembre 2010

Cap au large, bientôt

Il m’était déjà arrivé de laisser cette goélette cortomaltesienne à quai quelque temps, avant de reprendre les chemins de l’écriture. Mais, cette fois-ci, le navire est resté longtemps au mouillage. Comme je l’ai dit dans des colonnes voisines, la raison de ce long silence était simple : le manque d’envie. Un manque peut-être teinté d’une interrogation personnelle sur l’intérêt de tenir un blog, sur l’objectif même d’une telle démarche. Foncièrement, tenir un blog est finalement assez égoïste : quand bien même j’essaie de partager des coups de cœur et des coups de gueule, ce sont tout de même MES coups de gueule et MES coups de cœur. Bref, c’est du « moi, moi, moi ». Oh, je ne suis pas naïf au point d’avoir pensé que cette dimension égoïste était absente de la tenue d’un blog. Mais, peu à peu, je me suis dit que cette dimension était peut-être trop présente. Envahissante, même.
Comme l’écriture me tient tout de même à cœur, je vais reprendre la plume, ici aussi, pour quelques billets au moins. Je ne sais combien durera le voyage, mais j’ai retrouvé l’envie de voyager.

samedi 14 août 2010

Questions de langues

Veuillez excuser ce titre qui frôle le graveleux, et qui risque d'attirer ici, pour peu qu'il ne soit pas trop mal référencé par des moteurs de recherche, des visiteurs peu portés sur la linguistique...

Les cahiers de Science & Vie nous offrent, dans le n°118 (août-septembre 2010) un intéressant dossier sur les origines des langues. Les différents articles abordent les sujets des premières langues (aussi bien l'indonésien et le sumérien que les « langues anciennes » des collèges et lycées comme le grec et le latin), avant de passer à une approche par grandes régions du monde (les langues indo-européennes, les langues d'Asie et d'Afrique), avant de toucher à des thèmes transversaux, comme l'interrogation sur l'influence des sons de la nature sur la naissance des langues, ou sur les liens entre société et langue.



Une lecture bien stimulante pour les esprits curieux. A compléter par la lecture de deux autres Cahiers de Science &; Vie sur les origines de l'écriture (n°107) et celles des nombres (n°112).




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vendredi 2 juillet 2010

Souvenir de Venise

 
Connaissant parfaitement mon penchant prattien et cortomaltesien, mon libraire de BD, de retour d'un voyage à Venise, m'a ramené un exemplaire de Favola di Venezia (éditions Rizzoli, 2005). A son grand regret, il n'a pas réussi à trouver une édition de cette Fable de Venise en format « à l'italienne ».
Mais j'ai été particulièrement touché de son geste.

Il va vraiment falloir que je fasse ce voyage à Venise, comme certains font le voyage à la Mecque !

dimanche 27 juin 2010

Etrange carnet de mer


C'est d'abord le format de ce livre qui a attiré mon regard. Puis cette construction en images au trait dépouillé et aux mots simples.


En suivant François Matton dans son récit Autant la mer (POL éditeur, 2009, ISBN 978-2-84682-351-7), j'ai découvert quelque chose qui n'est pas de la bande dessinée « classique ». Ni un carnet de voyage « classique ». Ni un récit de voyage « classique ». Pour autant que le qualificatif de « classique » puisse s'appliquer à ces formes d'expression qui n'ont rien de normalisé, fort heureusement. Non, ce livre est quelque chose d'autre, en partie BD, en partie récit de voyage, en partie carnet de croquis. Un voyage à petites touches, un collage d'impressions, de réflexions, de rêveries.
La confrontation, aussi, entre un rêve – celui de prendre la mer à bord d'un voilier pour goûter et la liberté – et la réalité – celle des efforts pour trouver un navire et pour le restaurer, des tracasseries du quotidien. La réalité du prix de la liberté.


Les pessimistes y verront peut-être le conseil de ne pas avoir de rêves parce qu'ils ont tendance à se fracasser contre le mur de la réalité. Pour ma part, j'y vois l'inverse : rêvons, rêvons, parce que le rêve est un formidable moteur, et prenons nos satisfactions comme elles viennent, quand bien même elles ne sont pas à la hauteur du rêve.


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Pour aller plus loin :


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Viatge a Itaca chorégraphié

 
La chanson Viatge a Itaca, composée et interprétée par Lluis Llach, et directement inspirée par le poème de Konstantinos Kavafis, est une de ces œuvres poétiques et musicales qui m'ont marqué, ont ouvert ma curiosité.

J'ai récemment découvert sur le net la vidéo d'une adaptation chorégraphique de ce Voyage à Ithaque par Carles Morales.

http://www.youtube.com/watch?v=nEuTqvg3y20

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jeudi 13 mai 2010

Cortomobil

 
Ma curiosité sur les appropriations les plus diverses de Corto Maltese m'amène, de temps en temps, à me lancer dans des explorations tous azimuts sur le net, pour dénicher les perles rares, surprenantes. Ma dernière découverte en date est celle d'une ré-interprétation de Corto Maltese en Playmobil, dans le forum Playmoboys.

mardi 6 avril 2010

Au pays de Cush

 
Avant de mettre mon nez et mes yeux pour la première fois dans Les Éthiopiques, il y a environ 30 ans, peu après avoir été transporté par la Ballade de la mer salée, je ne connaissais de l'Éthiopie que bien peu de choses, apprises au travers de regards bien différents. C'était quelques années avant que la grande famine de 1984-1985 et le succès commercial de l'initiative USA for Africa, avec son fer de lance, le tube We are the world de Lionel Richie et Michael Jackson, ne mettent ce pays sous nos regards.

Je n'en connaissais donc que quelques éléments épars, après avoir vu quelques reportages sur le loup d'Abyssinie, lu les Lettres d'Abyssinie de Henri de Monfreid ou quelques écrits sur Rimbaud et ses négoces à Harar. J'en avais également découvert quelques autres aspects en m'intéressant à la vie d'Antoine d'Abbadie d'Arrast, éclectique homme de sciences et de lettres du XIXe siècle, figure assez bien connue en Pays Basque et qui avait consacré à l'étude de l'Ethiopie une douzaine d'années de sa vie.


Grâce à Hugo Pratt, j'ai mis mes pas dans les pas d'autres guides, ce Corto Maltese dont j'avais fait la connaissance sur les mers baignant les îles du Pacifique et que je retrouvais foulant un sable brûlant, et surtout Cush, ce guerrier Beni Amer, dankali, énigmatique et étranger à toute pitié. Il y avait quelque chose de fascinant, chez Cush, un mélange de beauté mortelle et de désarmante décontraction, d'ironie et de théâtralité, jusque dans sa façon de se tenir debout, une jambe en partie repliée derrière l'autre, portant son fusil Enfield en travers des épaules comme d'autres porteraient leur bâton de berger. Et que dire de Shamael, qui porte le nom d'un ange révolté contre Dieu et qui n'a pas d'ombre, capable d'empêcher une guerre tribale en disant que l'heure n'est pas venue ? Enfin, je me suis laissé guidé jusque dans les terres bordant le fleuve Rufiji, au Tanganyika, où de mystérieux hommes-léopards se mêlent des luttes entre puissances européennes.

Ces Éthiopiques m'ont intéressé à plus d'un titre. Bien évidemment, le dépaysement en était un élément fort, dans cette corne de l'Afrique où contrastent les tons sombres des peaux et les tons clairs des sables et des roches. Dépaysement des mentalités aussi. Et, à partir de cet album, ma curiosité s'est ouverte sur une partie de l'échiquier géopolitique de la Première guerre mondiale dont je ne me doutais pas vraiment jusque là. Certes, j'avais entrevu l'implication des Bédouins contre les Turcs grâce au film Lawrence d'Arabie puis à la lecture des Sept piliers de la sagesse ; mais je n'imaginais pas que des peuples d'Abyssinie se fussent ainsi retrouvés embringués dans ce conflit qui les dépassaient, pour lutter contre les Turcs ou jusqu'au Yémen. Et puis, reconnaissons-le, voir se côtoyer des soldats écossais en kilt et des guerriers abyssiniens en pagne, c'était bien le genre de plaisir que m'offraient ces Éthiopiques, en écho au contraste que m'avait déjà offert déjà la Ballade de la mer salée entre soldats anglais et guerriers maoris.

Avec Les Éthiopiques, je m'enfonçais donc un peu plus dans l'univers de Corto Maltese, où les histoires individuelles se mêlent à l'histoire du monde, où les frontières entre passé, présent et avenir cèdent parfois sous la pression des rêves, où se côtoient lâches et héros dont on comprend qu'ils sont surtout, les uns comme les autres, profondément humains.

Et pour terminer ce billet, je vais signaler que ma version préférée de la couverture des Éthiopiques reste celle de la première version française, avec ses couleurs lumineuses à l'aquarelle et ses mentions manuscrites.

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Le safari littéraire


Au détour du blog de Catherine, La culture se partage (blog qui m'a incité à participer, l'année dernière et cette année au Défi des 5 continents dans mon blog voisin, le Club Série Noire), j'ai découvert l'existence d'un amical défi entre lecteurs, le Safari littéraire. Ce Safari consiste à lire et chroniquer deux livres sur le thème de l'Afrique pendant l'année 2010, l'un écrit par un auteur africain, l'autre par un auteur non-africain.



Je vais participer à ce Safari avec un billet sur Les Éthiopiques d'Hugo Pratt, et un autre sur le roman Les nuits d'Addis-Abeba de Sebhat Gebre-Egziabher.

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