dimanche 7 mars 2010

Fiction à message

Un coffret triple DVD contenant 4 films de Robert Flaherty dont les célèbres Nanook of the North (Nanouk l'esquimau, 1922) et Man of Aran (L'homme d'Aran, 1934) et divers bonus, voilà un de mes derniers emprunts en date à la médiathèque municipale. J'avais déjà eu l'occasion de voir ces deux films, mais je ne m'étais jamais mis en condition de les regarder avec un regard aiguisé, pas plus que je ne m'étais penché sur Flaherty lui-même. C'est chose faite, maintenant, et cela change que peu mon approche du personnage et de son œuvre.

Je savais que Flaherty pouvait être vu comme un pionnier, sinon l'inventeur, de la « docufiction », cette création cinématographique ou télévisuelle à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Une façon de représenter quelque chose qui s'apparente au réel en utilisant à cette fin des procédés relevant de la fiction. Une des questions qui se pose alors est : est-ce le réel tel qu'il est ou a été, ou bien est-ce le réel tel qu'on voudrait qu'il soit ou ait été ?

La question se pose tout particulièrement avec les films de Robert Flaherty (États-Unis, 1884-1954). Flaherty s'est intéressé aux Inuits pendant sa carrière de cartographe et géologue pour le compte d'une compagnie de chemin de fer dans les parages de la baie d'Hudson au Canada, et il a souhaité faire connaître la civilisation inuit en réalisant un film à ce sujet. Cependant, Flaherty était tellement désireux de montrer la culture inuit intacte, comme elle l'était de temps immémoriaux, qu'il s'est engagé sur le chemin de la fiction, embellissant la réalité pour qu'elle soit plus conforme à ce qu'il voulait en montrer. Le personnage de son Nanook devait donc être plus « l'Inuit d'avant » que l'Inuit de cette période-là. Plus qu'un documentaire, le film devient donc une création, une fiction où les caractères de la « vérité » sont rehaussés, exagérés, tant dans la beauté formelle de ce qu'il donne à voir que dans la tension des émotions partagées.
Des analyses bien plus savantes que les miennes ont été tirées de ce film et des autres créations de Flaherty, pensant avec soin la part de réalité et de fiction, la part d'ethnologie et d'esthétique.
Faut-il, pour autant, tourner le dos aux films de Flaherty ? Pour ma part, je répondrai sans sourciller « certainement pas ! ». Surtout pas s'il fallait ne les juger que sur le terrain de l'objectivité. Qui pourrait prétendre que les documentaires sans introduction de fiction sont, eux-mêmes, totalement objectifs ? En reportage photographique ou cinématographique, la composition des images, la composition du récit ou du montage, tout cela reflète le choix, généralement bien conscient, du photographe ou du réalisateur. Pourtant, ces reportages ne sont que très rarement présentés accompagnés d'un avertissement disant qu'ils portent un message particulier, qu'ils veulent induire une réaction du lecteur ou du spectateur dans un sens ou dans un autre. Les films de Flaherty sont des créations porteuses de messages, mettant en avant le courage des gens face à l'adversité, la beauté parfois dure de la nature et, d'une manière assez prégnante, la nostalgie d'un passé qui s'effiloche sous l'avancée de la « modernité ».

C'est ainsi que j'ai regardé les films de ce coffret. Comme des œuvres, des créations. Et à ce titre-là, c'est du grand cinéma d'auteur.

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Pour aller plus loin :




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