samedi 1 janvier 2011

Un plus un plus plus = un

Les débuts d’année sont souvent des périodes de vœux, de bonnes résolutions. Certaines personnes se lancent dans des promesses dont elles savent pertinemment qu’elles ne les tiendront pas, d’autres en appellent à leurs dieux inventés pour que l’impossible se produisent, d’autres encore boivent les paroles des charlatans qui prétendent lire l’avenir dans la position des astres ou la tripaille de la volaille.
De mon côté, j’essaie de ne pas promettre ce que je ne peux tenir, et ne place mon espoir ni dans les dieux ni dans les charlatans. Je place mon espoir dans l’homme, même si je sais que c’est un espoir fragile l’homme étant capable du meilleur comme du pire. Mais, tant qu’il est encore capable du meilleur, tout espoir n’est pas perdu.
Alors qu’ici et là, dans le monde, des gens s’évitent, se méprisent, voire s’entretuent, parce qu’ils se trouvent suffisamment de différence pour penser que la différence entraîne une relation de supériorité ou d’infériorité. Il n’est parfois pas besoin d’aller très loin pour trouver des comportements de ce genre, qui sont même exacerbés lorsque des dirigeants politiques se mettent en tête de lancer une consultation comme celle sur l’identité nationale, consultation a exacerbé ce qui nous éloigne plutôt que ce qui nous relie.
Alors, pour donner un exemple de ce qui peut incarner mon espoir en l’homme, en cette date d’un début d’année qui n’est, rappelons-le, qu’une convention qui s’est imposée à une partie de l’humanité au fil du temps, je choisis le livre L’homme pluriel, avec les photographies de Patrick de Wilde et les textes d’Axel Kahn (éditions La Martinière, 2008, ISBN 978-2-7324-3816-0).


Chaque portrait grand format que Patrick de Wilde a choisis, pour cet ouvrage, parmi ceux de toutes les personnes qu’il a rencontrées et photographiées, construit une intimité à trois : le modèle qui a accepté qu’une partie de lui soit ainsi vue, ressentie, le photographe qui s’est fait accepter et qui a capturé et mis en valeur ce qu’il a ressenti, et le spectateur, enfin, qui, en bout de chaîne, s’invite dans cette intimité tout autant qu’il y est invité. Chaque portrait nous invite à la découverte de quelqu’un de différent, à prendre le temps du ressenti.
 
Les portraits sont accompagnés de textes d’Axel Kahn, dont les travaux dans le domaine de la génétique l’ont amené à voir ce qui, au-delà de nos différences extérieures et intérieures, fait que nous sommes tous des êtres humains. Les textes sont tirés de son livre L’homme, ce roseau pensant... : Essai sur les racines de la nature humaine (Nil Editions, 2007, ISBN 978-2-84111-342-2). Je me plais à espérer que des gens comme Axel Kahn seront au moins aussi écoutés que les suprémacistes et fondamentalistes de tout poil.


Enfin, je citerai Antoine de Saint-Exupéry, qui écrivait, dans Pilote de guerre (1942) : « Dans ma civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit. Notre unité, au-dessus de nous, se fonde en l’Homme. »

Si ces idées d’un homme à la fois pluriel et unique, différent et égal, pouvaient progresser dans les temps à venir, alors la plupart des autres « vœux de nouvelle année » en deviendraient bien secondaires à mes yeux.

* * * * *

Petite précision sur la citation de Saint-Exupéry : si tous ceux qui écrivent sur le net pour citer des auteurs prenaient la peine de se replonger dans le texte original, ils éviteraient de balancer ou reproduire des inexactitudes, voire des âneries. Non, cette phrase n’est pas tirée du Petit Prince, ni de Terre des hommes. Non, cette phrase n’est pas « Si tu es différent de moi, mon frère, tu m’enrichis », ni tout autre reformulation pourtant citée entre guillemets pour prétendre qu’elle est verbatim. La citation exacte est celle que j’ai portée dans ce billet ; je l’ai tirée de l’édition de 1942 chez Gallimard, rééditée par ces même éditions Gallimard en collection Folio. La phrase en question est dans le chapitre XXV, page 197 de l’édition Folio, ISBN 978-2-07-036-824-2.

3 avis:

cafardages a dit…

tout ça à l'air très interessant !

lilasvb a dit…

j'ai apprécié la visite de votre page

Monsieur de C a dit…

Merci pour ces encouragements !